Conseils santé · 8 min de lecture
Desmodium : à quoi sert-il et que dit vraiment la science ?
Plante traditionnelle d’Afrique de l’Ouest vendue pour le foie, le desmodium reste très peu étudié chez l’humain. Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas et les précautions.
La réponse courte
- Le desmodium (Desmodium adscendens) est une plante tropicale d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique du Sud, utilisée en décoction dans les médecines traditionnelles, notamment au Ghana pour l’asthme.
- Sa réputation de « plante du foie » s’est surtout construite en France et en Belgique, où il est vendu comme complément alimentaire.
- Le niveau de preuve est très faible : quelques études chez le rat et sur des cellules, aucune étude clinique solide chez l’humain. Aucune allégation de santé n’est autorisée.
- L’Afssa (aujourd’hui ANSES) a estimé en 2007 que ses risques ne pouvaient pas être caractérisés et recommandait d’éviter sa consommation en complément. Des interactions avec des médicaments sont possibles.
- Il ne remplace jamais un suivi médical en cas de maladie du foie.

Le desmodium est souvent présenté comme « la » plante du foie, à prendre après les excès ou au changement de saison. Derrière ce discours, les données scientifiques sont minces, et les autorités sanitaires françaises ont exprimé des réserves. Ce guide présente honnêtement ce que l’on sait de cette plante, ce que l’on ne sait pas encore, et les précautions à respecter si vous choisissez d’en prendre.
Qu’est-ce que le desmodium ?
Desmodium adscendens est une petite plante vivace de la famille des Fabacées (la famille des légumineuses). On la trouve dans les zones tropicales d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Océanie. Ce sont ses feuilles et ses tiges qui sont utilisées, à des fins médicinales et non comme aliment traditionnel, selon l’Afssa.
Sa composition est encore mal connue. On y a identifié des flavonoïdes (vitexine, isovitexine), des saponosides, des alcaloïdes de type phényléthylamine et du D-pinitol. Cette composition varie selon le pays d’origine (Ghana, Nigeria, Sierra Leone, Togo). Autre difficulté signalée par l’Afssa : le nom « desmodium » peut désigner deux espèces différentes, D. adscendens et D. gangeticum, et aucun marqueur n’est défini pour contrôler l’identité et la qualité de la plante.
À quoi sert le desmodium en médecine traditionnelle ?
Les usages traditionnels sont nombreux et varient d’une région à l’autre :
- en Afrique de l’Ouest et en Amazonie, la décoction de feuilles est utilisée contre la douleur ou la fièvre ; au Ghana, elle est surtout connue pour l’asthme et les bronchites chroniques ;
- au Brésil, les feuilles servent à des usages très variés, digestifs, urinaires ou gynécologiques ;
- en France et en Belgique, il est vendu comme complément alimentaire pour le foie, en gélules de poudre de feuilles ou en extraits liquides.
L’Afssa notait en 2007 que certains produits le présentaient comme un « protecteur hépatique » ou un « immunostimulant », parfois utile dans des maladies graves comme les hépatites, voire en association avec une chimiothérapie. Aucune étude robuste ne soutient ces affirmations. Une hépatite, une cirrhose ou un cancer relèvent d’un suivi médical, pas d’un complément.
Que dit la science sur le desmodium et le foie ?
Les études publiées sont peu nombreuses et toutes précliniques. Le tableau ci-dessous résume ce qu’elles montrent, et surtout ce qu’elles ne permettent pas de conclure.
| Type d’étude | Ce qui a été observé | Limites |
|---|---|---|
| Chez le rat (Magielse et coll., 2013) | Une décoction de desmodium, donnée avant une substance toxique pour le foie, a limité la hausse des enzymes hépatiques ; effet en partie lié au D-pinitol | Aucun effet sur des lésions déjà installées ; résultats non reproduits chez l’humain |
| Sur cellules (François et coll., 2014) | Pas de toxicité d’un extrait sur des cellules de foie et de rein aux faibles concentrations ; baisse de viabilité d’environ 40 % à forte concentration | Étude en éprouvette, extrait fourni par un fabricant |
| Toxicité chez le rat (Quaye et coll., 2017) | Pas de toxicité notable aux doses testées, mais activation des enzymes du foie qui éliminent les médicaments | Suggère un risque d’interactions médicamenteuses |
| Chez l’humain | Aucune étude clinique robuste publiée sur le foie | Efficacité et sécurité non démontrées |
Une revue de 2011 (Rastogi et coll.) concluait que les résultats de laboratoire devaient être confirmés par des essais cliniques. À ce jour, ce n’est pas le cas. En résumé : le desmodium est une plante d’usage traditionnel, dont les effets chez l’humain n’ont pas été démontrés. En Europe, aucune allégation de santé n’est autorisée pour lui.
Le desmodium est-il sans danger ?
On ne peut pas l’affirmer. En 2007, l’Afssa a été saisie après un signalement de pharmacovigilance : une atteinte du foie chez une personne qui prenait des compléments contenant du desmodium et de l’extrait de pépins de pamplemousse. Dans son avis, l’agence concluait que :
- la composition et les effets, bénéfiques ou indésirables, de Desmodium adscendens sont insuffisamment connus, et ses risques ne peuvent donc pas être caractérisés ;
- il n’est pas possible de fixer une dose sans risque ;
- des interactions avec des médicaments sont possibles et devraient être étudiées ;
- en conséquence, elle recommandait d’éviter sa consommation en tant que complément alimentaire.
Le desmodium reste vendu en Europe : l’Afssa rappelait qu’il figure sur la liste belge des plantes autorisées dans les compléments alimentaires. Mais cet avis, qui n’a pas été remplacé à notre connaissance, justifie une grande prudence. Si vous choisissez d’en prendre, faites-le sur une courte durée, à la dose de l’étiquette, et jamais à la place d’un avis médical.
Comment prendre le desmodium et à quelle dose ?
Aucune dose n’a été validée scientifiquement. Les compléments du marché proposaient en 2007 entre 400 mg et 2 g de plante sèche par jour, sans que l’intérêt ni la sécurité de ces doses aient été démontrés, selon l’Afssa. En pratique :
- Respectez strictement l’étiquette : pour notre desmodium, 6 gélules par jour, soit 1 200 mg de poudre de feuilles.
- Au milieu des repas, avec un grand verre d’eau, par exemple 2 gélules à chaque repas.
- Cure de 30 jours, puis une pause. Ne multipliez pas les cures sans en parler à un professionnel de santé.
- Ne cumulez pas plusieurs produits « foie » ou « détox » en même temps.
- Pendant le Ramadan, répartissez les gélules entre le ftour et le shour.
Qui doit éviter le desmodium ? (précautions)
- Grossesse et allaitement : déconseillé, faute de données de sécurité.
- Enfants de moins de 12 ans : déconseillé.
- Traitement médicamenteux en cours, quel qu’il soit : demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Une étude chez le rat suggère que la plante peut accélérer l’élimination de certains médicaments et réduire leur efficacité. À lire aussi : Compléments alimentaires et médicaments : les interactions à connaître.
- Maladie du foie connue (hépatite, cirrhose, stéatose), chimiothérapie ou greffe : ne prenez pas de desmodium sans l’accord de votre médecin spécialiste.
- Consommation d’alcool : aucune plante ne protège le foie de l’alcool. Le desmodium n’est pas une solution après les excès.
Arrêtez immédiatement et consultez en cas de jaunisse (peau ou yeux jaunes), d’urines foncées, de selles décolorées, de démangeaisons, de douleurs à droite sous les côtes, de nausées ou de fatigue inhabituelle. Ces signes peuvent traduire une atteinte du foie.
Notre sélection chez alaz
Le Desmodium d’Orfito contient uniquement de la poudre de feuilles de Desmodium adscendens, d’origine hors Union européenne, dans une gélule végétale, sans additif. Il est fabriqué en France et convient aux végans. La dose est de 6 gélules par jour au milieu des repas, soit 1 200 mg de poudre ; un pot de 200 gélules couvre environ 33 jours. Il s’agit d’un produit d’usage traditionnel, qui n’est pas un médicament.
Si vous cherchez une plante traditionnelle du foie mieux documentée, le Chardon-marie Bio d’Onatera est une alternative : l’Agence européenne des médicaments (EMA) a publié en 2018 une monographie reconnaissant l’usage traditionnel du fruit de chardon-marie pour soulager les troubles digestifs et soutenir la fonction du foie, après avoir écarté une maladie grave avec un médecin. À lire aussi : Chardon-marie et foie : ce que dit la science, et ce que « détox » veut dire. Retrouvez ces plantes dans le rayon Plantes et superaliments. Livraison partout au Maroc, paiement à la livraison.
Questions fréquentes
Le desmodium est-il efficace contre l’hépatite ?
Non, rien ne le démontre. Aucune étude clinique solide n’a évalué le desmodium chez des personnes atteintes d’hépatite. Une hépatite doit être diagnostiquée et suivie par un médecin ; ne remplacez jamais un traitement par une plante.
Peut-on prendre du desmodium avec des médicaments ?
Demandez d’abord l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. L’Afssa a signalé en 2007 que des interactions ne pouvaient pas être exclues, et une étude chez le rat suggère que la plante active les enzymes qui éliminent les médicaments.
Desmodium ou chardon-marie : lequel choisir ?
Le chardon-marie est mieux documenté : il fait l’objet d’une monographie de l’EMA fondée sur son usage traditionnel. Le desmodium n’en a pas et ses données restent très limitées. Les deux sont souvent associés, mais demandez conseil à votre pharmacien si vous prenez un traitement.
Le desmodium « détoxifie »-t-il le foie ?
Le foie élimine lui-même les déchets de l’organisme ; aucune étude ne montre qu’une plante le « nettoie ». Le meilleur soutien reste une alimentation équilibrée, peu d’alcool et un suivi médical en cas de doute.
Combien de temps peut-on prendre du desmodium ?
Le fabricant conseille une cure de 30 jours. Faute de données de sécurité à long terme, faites une pause ensuite et parlez-en à un professionnel de santé avant de recommencer.
Sources
- Afssa, Avis relatif à l’emploi dans les compléments alimentaires de plantes ayant fait l’objet de signalements de pharmacovigilance (saisine 2007-SA-0171), 14 décembre 2007.
- Rastogi S. et coll., An ethnomedicinal, phytochemical and pharmacological profile of Desmodium gangeticum and Desmodium adscendens, Journal of Ethnopharmacology, 2011.
- Magielse J. et coll., Antihepatotoxic activity of a quantified Desmodium adscendens decoction and D-pinitol against chemically-induced liver damage in rats, Journal of Ethnopharmacology, 2013.
- François C. et coll., Safety of Desmodium adscendens extract on hepatocytes and renal cells, Journal of Intercultural Ethnopharmacology, 2014.
- Quaye O. et coll., Acute and subchronic toxicity studies of aqueous extract of Desmodium adscendens, Journal of Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2017.
- EMA, Silybi mariani fructus, monographie de l’Union européenne, 2018.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Un complément alimentaire ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée ni un mode de vie sain. En cas de traitement, de maladie chronique, de grossesse ou d’allaitement, demandez conseil à un professionnel de santé avant toute supplémentation.